L’Intelligence Sportive est la déclinaison de l’Intelligence Economique au monde du sport
dan s son ensemble.
Evoquer l’Intelligence Sportive (IS), ne relève pas d’une hypothétique projection vers l’avenir mais bien d’une pratique établie à travers le monde d’aujourd’hui. L’universalité du sport fait que certains pays, anglo-saxons et asiatiques principalement, ont développé ce concept de façon professionnelle et systématique.
Dès les années 70, des Français ont, pour certaines disciplines sportives, pratiqué naturellement « l’Intelligence »
dan s le monde du sport avec une efficacité avérée. En dehors de ces mises en application particulières spécifiques, la France reste d’une certaine timidité par rapport à la démarche de l’IS.
Il est évident que la compétitivité est permanente
dan s la vie sportive comme
dan s l’économie ; c’est pourquoi l’IE se décline si bien au monde du sport en général et à celui du haut niveau en particulier.
C’est ainsi que les confrontations nationales, continentales ou mondiales sont organisées de façon cyclique rapprochée. Le cumul des épreuves devient infernal. L’exigence de performance contractuellement diabolique et la concurrence bien âpre. C’est pourquoi l’IS est devenue incontournable et d’autant plus nécessaire que les événements sportifs sont médiatisés. La guerre économique a envahi le monde du sport.
QUELQUES DONNEES CHIFFREES
En France sont dénombrés 14 millions de licenciés
dan s le monde des fédérations sportives auxquels s’ajoutent 26 millions de pratiquants hors fédération. Ces deux chiffres ne sont pas cumulables car un licencié pour une discipline peut pratiquer hors fédération une autre activité.
Ces pratiques prouvent si nécessaire que l’impact politique du sport est indéniable. Pour la première fois en effet, les principaux candidats pour l’élection 2007 à la Présidence de notre république, se sont engagés sur des programmes devant les responsables du monde du sport réunis au siège du Comité National Olympique et Sportif Français (CNOSF).
Du point de vue économique, le sport et sa pratique sur le territoire national engendrent un chiffre d’affaire global annuel d’environ 30 milliards d’euros. Il est, en outre, en constante progression.
2000 : 24,4 milliards d’euros,
2001 : 25,5 milliards d’euros,
2002 : 26,7 milliards d’euros,
2003 : 27,4 milliards d’euros,
2004 : 28,9 milliards d’euros.
Bien des secteurs ne peuvent faire valoir un tel impact économique.
QU’EST-CE QUE L’IS ?
Le but de l’Intelligence Sportive est de tenter,
dan s le monde entier, de connaître l’état des connaissances et l’avancée des préparations
dan s les divers domaines qui composent le sport et d’agir alors en conséquence pour être le plus performant possible.
Le but de cette vaste recherche est de s’adapter en permanence, de prévoir ce que va faire l’adversaire et de toujours jouer avec « un coup d’avance ». Il faut être lucide, informé, préparé pour vaincre ses compétiteurs, pour être le meilleur, le médaillé d’or sur la première place du podium.
Les secteurs à explorer et à maîtriser sans relâche, pour atteindre les performances exceptionnelles peuvent se classer arbitrairement, par ordre croissant de difficulté et d’importance : en technique, politique et humain.
Ces trois secteurs fondamentaux sont appréhendés en utilisant la même démarche de connaissance :
1 – isoler la problématique,
2 – rechercher l’information adéquate,
3 – stocker et protéger ces informations,
4 – analyser ces informations,
5 – décider de l’action qui découle de l’analyse.
Cette démarche est synthétisée
dan s le « CERCLE STRATEGIQUE VERTUEUX de l’INTELLIGENCE ».
Notons immédiatement que chaque point pris séparément et cultivé seul n’est « qu’une sale manie » comme disait Georges Brassens !
Se poser seulement des questions ne fait pas avancer l’entraînement, capter des informations sans les stocker ne sert à rien. Stocker à tour de bras sans analyser n’a aucun sens.
Enfin le pire, si les quatre premiers points sont parfaitement traités mais que le décideur ne passe jamais à l’action… alors la démarche de l’Intelligence est inutile et parfaitement frustrante.
L’IS DANS LES SPHERES PUBLIQUES ET PRIVEES
La notion de « Défense » au sens le plus large, dont l’Intelligence Economique est partie intégrante, a été confisquée au privé depuis longtemps pour être considérée et légiférée comme de l’exclusive étatique. Si l’Etat se doit de donner l’exemple et impulser l’IE et l’IS, une démarche trop retenue ne mettra pas son devenir en cause. En effet, l’Etat se définit lui-même comme échappant aux comparaisons et ayant une durée de vie illimitée. Faire évoluer ce schéma culturel dépassé est en cours.
En revanche, pour le privé, rien n’est acquis. Prendre en considération la concurrence est une question de survie. Les grandes entreprises ont compris que leur lendemain, face à la concurrence mondiale sans règle du jeu, ne pouvait que passer par une démarche permanente d’Intelligence. Ces sociétés ont en général créé des cellules de veille technologique, inscrit leurs cadres supérieurs à des formations spécifiques IHEDN*, puis se sont organisées. Les initiatives privées étaient indispensables. Rappelons que les USA
dan s les années 80 avaient réorienté 40% du potentiel financier et humain de la CIA vers l’économie pour mettre en application « the Business Intelligence ». Les Américains ont été suivis de près par les Japonais qui ne se privaient pas de tout regarder, photographier et copier avec succès. Maintenant les Indiens et surtout les Chinois sont entrés avec toutes leurs forces
dan s la guerre de l’IE : en conséquence la concurrence est chaque jour plus rude.
L’IE aujourd’hui n’est pas accessoire, elle est indispensable. Les entreprises doivent adopter la démarche de l’IE pour éviter leur disparition à plus ou moins court terme.
Concernant le sport, l’Etat a créé une structure « Préparation Olympique et Paralympique » dont les missions englobent l’Intelligence Sportive. Une cellule de veille y travaille avec professionnalisme, le stockage des documents est hautement sécurisé et l’analyse mobilise anciens d’expérience et jeunes talentueux.
Les fédérations sportives devront également investir sur l’IS pour rester compétitives et remplir leur mission de service public.
Il faut donner un élan systématique d’Intelligence à la France, quels que soient les secteurs, et tout particulièrement celui du sport, porteur de cohésion sociale et de rayonnement international.
*Institut des Hautes Etudes de Défense Nationale
Jean-Richard GERMONT est Inspecteur général au Ministère de la Jeunesse et des Sports